VALORISER UN MAXIMUM D'ANIMAUX GRÂCE À LA COMPLÉMENTARITÉ ENTRE FILIÈRES QUALITÉ.

Filières Aubrac : dernier volet de la formation organisée par la Chambre d’Agriculture le 22 septembre en Margeride, la visite du Gaec de la Panouse en guise de synthèse

Afin d’illustrer la finition des femelles dans le cadre de filières apportant une plus-value, la journée de formation réalisée par la Chambre d‘Agriculture, avec la collaboration des filières et organisations de producteurs, s’est poursuivie l’après-midi par la visite du Gaec de la Panouse, près de Grandrieu en Lozère. Cette exploitation mise depuis longtemps sur l’engraissement des femelles Aubrac et croisées, et sur la complémentarité entre les démarcations qualité pour bien les valoriser. Un savoir faire acquis au fil des années, et même des générations, dans des conditions de travail pas toujours faciles (la stabulation libre n’a que 2 ans), et un milieu naturel guère favorable non plus…

 

Plus de 1200 m d’altitude

Situé en pays granitique à 1250 m d’altitude, le Gaec dispose de 300 ha de SAU, groupés en 2 sites voisins, s’étalant de 1200 à 1488 m d’altitude et comprenant une estive, avec parcours boisés et landes, mais aussi des parcelles labourées de taille respectable. Ce qui peut être intensifié l’est systématiquement afin de compenser le reste. Pour assurer les stocks de fourrages, les prairies temporaires sont nombreuses, dont plusieurs drainées. Les espèces implantées sont choisies pour leur résistance à la sécheresse, en particulier le brome, souvent associé à la luzerne. Malgré 10 ha de céréales semés chaque année, l’exploitation est loin d’être autonome en concentrés et en paille, d’autant que cette année tout a été ensilé. Or l’engraissement des génisses et des réformes est fait en ration sèche ( foin et paille, le maïs étant interdit), avec concentrés à volonté, au moins à la fin.

 

Engraisser les génisses, une habitude

La finition des femelles est pratiquée de longue date, chez la famille Tufféry, puisque des génisses ont été produites dès le lancement de la marque Fleur d’Aubrac en 1992. Associé à ses parents, Julien Tufféry poursuit aujourd’hui le travail avec conviction. Avec 120 vêlages, dont la moitié en croisement charolais, le Gaec commercialise chaque année environ 15 génisses croisées en Fleur d’Aubrac et quelques improductives pures en Label Rouge Bœuf Fermier Aubrac (BFA). Le premier tri est effectué à 15 mois. Les meilleures sont gardées pour le renouvellement (pures) ou pour l’engraissement. Les autres sont vendues maigres à 15-18 mois à l’union de coopératives Cémac-Cobévial, pour être finies éventuellement chez des engraisseurs en Fleur d’Aubrac ou Bœuf Fermier Aubrac, selon leur type racial. Les quelques pures restantes, sont écoulées en caissettes.

 

 

 

 

 

Finition intensive

Jusqu’à 28 mois, les génisses Aubrac et croisées sont conduites ensemble. Elles pâturent en estive avant de redescendre sur les regains en fin d’été, rationnés au fil. L’objectif est alors d’assurer un maximum de développement à l’herbe, sans céréales. Puis les pures sont mises à saillir en janvier. Les croisées passent l’hiver avec 2 kg de concentrés par jour. Au 15 mai, elles entrent en engraissement pour 4 à 5 mois avec concentrés à volonté dès le 4ème jour, pour simplifier le travail. Le dernier mois de finition, on atteint 12 kg de concentrés par jour par génisse. La composition évolue de 45% à 60% de céréales et de 55% à 40% de complémentaire azoté à 24% de MAT, avec addition de graines de lin. Pour limiter acidose et risques d’entérotoxémie, le complémentaire est sécurisé (pulpe de betterave, levures) et les génisses vaccinées. Cette ration coûteuse est bien valorisée par des génisses à très bon potentiel : gain de poids vif et conformation, donc poids de carcasse et rendement. Les 17 Fleurs d’Aubrac abattues à 30-36 mois en 2010, avec 423 kg carcasse en moyenne, ont été payées à 4,35 €/kg (28,55 F) soit plus de 1840 € par génisse.

 

 

 

 

 

Label Rouge pour les vaches

Le Gaec réforme 25 vaches par an. Le Label Rouge Bœuf Fermier Aubrac est privilégié, pour toutes celles de moins de 9 ans. En 2010, 14 vaches ont été vendues en label via Cémac-Cobévial à 387 kg de carcasse et 3,81 €/kg (25 F), soit 1473 €/tête. Une excellente vache est même partie à 4,27 €/kg (28 F) au concours de Laguiole. A 462 kg, elle s’est vendue à 1975 € en sommet de gamme !

La ration de finition est semblable à celle des génisses.

Les vaches de 9 à 12 ans sont destinées à la filière Monoprix Gourmet, dont le cahier des charges est moins exigeant que le label. En 2010, 2 vaches ont été achetées au Gaec par la coopérative pour Monoprix à 3,35 €/kg carc., soit 1288 € pour 384 kg.

Au-delà de 12 ans, les réformes vont en filière classique : 2 en 2010 à 2,95 €/kg pour 341 kg de carcasse, soit 1007 €/ tête. Ces vieilles vaches valorisent mal la finition et y restent moins de 3 mois pour économiser le concentré.

 

Le choix du croisement charolais

Selon Julien, le croisement est une priorité qui paie bien, quitte à vendre des croisés afin d’acheter des génisses pures pour la reproduction : « Des femelles Aubrac, on en trouve toujours. Ca ne manque pas par le pays ! » affirme-t-il.  Les vêlages ont lieu en stabulation, ce qui permet de les surveiller : après le 20 novembre pour les vaches, un mois plus tôt pour les génisses. Même s’il reconnaît qu’en croisement  la surveillance est un peu plus sensible, Julien semble bien maîtriser le sujet, avec moins d’une césarienne tous les 5 ans. Les taureaux utilisés sont ceux diffusés par l’insémination artificielle pour le croisement sur Aubrac, ainsi que les taureaux de l’exploitation, achetés par l’intermédiaire de Cémac-Cobévial à une coopérative de Saône-et-Loire. L’IA permet de compenser la moindre activité des reproducteurs charolais, et quand les vaches sont hivernées en logettes et sur caillebotis, sans taureau. Les reproducteurs mis à la pâture avec les vaches et génisses, sont retirés fin juillet pour ne pas avoir de vêlages à partir de mai, et surtout en estive.

Les veaux mâles, rationnés l’hiver à 1,5 kg de concentrés, sont complémentés à volonté au nourrisseur dehors. Ils sont vendus non sevrés en octobre à 420-430 kg. Les veaux femelles n’ont pas de nourrisseur.

 

PHILIPPE HALTER

CHAMBRE D’AGRICULTURE

merci de votre visite. cda43@haute-loire.chambagri.fr