FAUT-IL REPOUSSER SES BROUTARDS ?

Bovins allaitants : avec l’avancement dans la saison automnale et le manque de stocks fourragers, les éleveurs allaitants s’interrogent sur l’intérêt de garder davantage leur mâles prêts à sevrer.

En cette période de sevrage des broutards nés fin d’hiver - début d’automne, on se pose légitiment la question de les alourdir ou pas avant la vente. Compte tenu du coût des aliments et du manque de fourrages cette année, cette question prend davantage d’importance, d’autant plus que l’écart de prix au kg entre le broutard léger et le broutard lourd se maintient, le marché des mâles étant dynamique ces dernières semaines, toutes catégories confondues. Mais l’arrivée massive d’animaux alors que la consommation se tasse sensiblement en Italie, dans le contexte de crise économique actuel, risque de ramener les prix à la baisse dans les semaines à venir.

 

Sevrer les veaux ?

Les veaux en âge d’être sevrés en ce moment sont ceux nés en mars-avril, période encore dominante pour les vêlages en races allaitantes dans notre département (plus de 20% des veaux nés), même si le mois principal est septembre (13%). Ces broutards de 7-8 mois, sont actuellement encore sous la mère, en général, puis devraient être vendus ou sevrés à la rentrée en stabulation pour une phase d’alourdissement de 2 à 4 mois.

En cas de situation particulièrement difficile en matière de trésorerie ou de disponibilité en fourrages, vendre ses broutards précocement autour de 300 kg n’est pas préjudiciable, car la demande à l’exportation maintient des prix corrects y compris pour les mâles légers. Il reste tout de même préférable de veiller à les complémenter en concentré le dernier mois avant leur départ afin de leur donner un état « fleuri » et une bonne présentation à la vente.

 

Valoriser les fourrages

Pour les broutards que l’on souhaite alourdir, si on ne dispose pas de céréales produites sur l’exploitation ni d’ensilage de maïs, il faudra d’abord essayer de limiter les consommations de concentrés en profitant du lait des mères si elles en produisent encore suffisamment à partir de fourrages de bonne qualité. Le sevrage n’est pas forcément une urgence pour la repousse...

Privilégier les mères encore en allaitement et les broutards dans l’accès aux meilleurs fourrages, si on en dispose suffisamment, peut permettre des économies. Distribuer de bons fourrages aux broutards permet de produire des kilos de poids vif de manière plus économique en réduisant un peu les consommations de concentrés. Ainsi avec un bon enrubannage, ou du regain, complété par un bon foin, on peut réaliser une économie d’aliment de 0,5 à près de 1 kg par jour et par broutard entre 8 et 10 mois, et donc améliorer sa marge en conséquence.

 

Une repousse courte

Dans le contexte de cette année, inutile de prolonger la repousse au-delà de 10 mois, car les besoins en concentrés augmentent sensiblement à ce moment là. Les coûts d’alimentation peuvent alors compromettre toute rentabilité, même si la demande de certains pays du bassin méditerranéen en mâles lourds voire semi-finis offre un débouché actuel à ces animaux. La place nécessaire pour loger ces mâles lourds est relativement importante, ainsi que la paille à épandre quotidiennement pour la litière, surtout si les bâtiments ont tendance à être déjà chargés.

Lorsqu’on peut profiter d’opportunité d’achat de matières premières à des prix pas trop élevés (drèches, pulpes et autres sous-produits selon le cas), il est alors possible de composer des rations de repousse à coût raisonnable, éventuellement même en révisant le plan de rationnement de l’ensemble des lots du troupeau, libérant pour les broutards des ressources non prévues pour eux initialement.

 

 PHILIPPE HALTER

CHAMBRE D’AGRICULTURE DE HAUTE-LOIRE

 

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